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NEWS > LES NEWSLETTERS DE 2007 >  news n° 2 : focus sur STEVE PRESTAGE


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FOCUS SUR STEVE PRESTAGE

An Englishman in Paris



De Londres, STEVE PRESTAGE a gardé le flegme et l'humour anglais. Vous ne le connaissez peut-être pas, il a pourtant travaillé avec les plus grands. 

Résident et partenaire du studio ARTSONOR depuis sa création, le plus français des Producers British est un homme de l'ombre, dont les maître mots semblent être gentillesse, générosité, et simplicité. Bref la grande classe.

Ingénieur du son, c'était une vocation ?
Au départ je voulais être musicien, comme tout le monde ! J'inventais des riffs à la guitare avec un ami guitariste. Puis j'ai eu envie de me mettre à la basse, pour avoir un plus gros son que lui !  Le problème c'est que je n'avais pas de basse....alors je de-tunais ma guitare jusqu'au maximum possible, juste suffisamment pour que les cordes tiennent encore.. Bref très vite je me suis rendu compte que j'étais plus intéressé par le son et le « bidouillage » et que je n'étais pas spécialement doué pour être musicien...
En dehors de ça je passais mon temps à lire les crédits sur les albums, pour savoir qui faisait quoi, j'étais intrigué par le terme « ingénieur du son », je pense que c'est ce qui m'a inspiré et donné l'envie de faire ce métier. 

Alors à Londres dans les années 70, comment tu t'y es pris pour débuter ?

A l'époque c'était très différent, il n'y avait pas d'école de son..il fallait rentrer dans un studio et apprendre sur le tas. Moi je ne connaissais absolument personne dans le show-biz...  Pendant deux ans j'ai envoyé des lettres de motivation dans tous les studios de Londres. On me recevait en entretien et on me disait toujours qu'il fallait être opérationnel tout de suite, avoir de l'expérience.... Et puis un jour, après deux ans de recherche, un studio m'a donné ma chance comme assistant. C'est comme ça que j'ai débarqué à PYE STUDIO, qui à l'époque faisait partie de ATV Music.

Qu'est ce que tu retiens de cette première expérience à PYE STUDIO ?
Je dirais que ça été une très bonne école pour démarrer...il fallait être au garde à vous au fond du control room, super concentré, parce qu'à la première erreur on était dehors ! le rôle d'assistant consistait surtout à gérer les bandes analogiques, on était « tape operator »...
Je me suis pas fait virer... peut-être parce que je suis calme et concentré de nature !
Ca m'a vraiment permis de  toucher à tout, on enregistrait plein de styles différents (classique, variété, rock...), ce qui impliquait de sonoriser aussi bien des sections rythmiques, des cordes, des cuivres, des chœurs. Un peu de tout quoi. 
Il y a quelques semaines, je suis passé devant, à côté de Marble Arch, et c'est devenu un complexe de bureaux... 

Et Après ?
Je suis resté à peu près deux ans à Pye Studio. A l'époque mon héros c'était George Martin, ancien producteur des Beatles. Il venait de monter Air Studio, dernier cri technologique, une référence à Londres, à Oxford Circus. On me propose de rentrer dans leur équipe...j'ai dit oui biensûr !
C'était en 1974.
Du coup j'ai rencontré plusieurs fois Paul Mc Cartney...j'ai été assistant pour Rod Stewart, Elton John, America .... Et j'ai commencé à faire des séances comme ingénieur du son, notamment deux albums de Gino Vanelli.

Ensuite deux choix se présentent à moi, je pouvais soit partir à Los Angeles avec Gino Vanelli, qui me proposait de venir avec lui pour produire là-bas, soit suivre un ingénieur du son que je connaissais bien pour faire partie du team d'un nouveau studio londonien : TOWNHOUSE (Virgin Records)

Alors, Londres ou L.A ?
J'aurais voulu enchaîner les deux mais ce n'était pas possible...alors...j'ai choisi Londres.

TOWNHOUSE, est-ce que c'est un tournant de ta carrière ?

Disons que c'est vraiment là que je me suis mis à réaliser et mixer pour des grandes stars. Peter Gabriel, Gary Moore, Echo & the Bunnymen, Japan....je dois en oublier pas mal... !

Qu'est ce qui t'as le plus marqué à cette époque-là, où tu côtoyais quotidiennement des artistes majeurs ?
Le jour où je me suis fait piquer mon super vélo dans le jardin du studio !!
Le reste, ce ne sont que des bons souvenirs...
Il y a aussi ce jour où je suis parti en Rolls décapotable avec le manager de Wham, on allait faire des prises de son dans un autre studio... il fallait voir la tête de mes potes, qui prenaient leur bière dans le pub d'en face !

Mais alors, comment en es-tu venu à venir mixer en France ?

A Townhouse, on travaillait beaucoup pour des français, notamment pour CBS. Je suis devenu free-lance et les productions françaises me demandaient souvent de venir à Paris.
Du coup pendant 5 ou 6 ans, fin 70-début 80, j'étais un peu à cheval entre l'Angleterre et la France..
Au début je « squattais » plus qu'autre chose chez des amis à droite et à gauche, et puis de fil en aiguille, je me suis réellement installé à Paris... difficile de résister à une ville comme celle-là.

Tu n'as jamais eu l'idée ou l'envie d'avoir ton propre studio ?

Non. Je n'ai jamais eu de matériel chez moi, ça ne m'intéresse pas. Par contre j'apporte toujours les mix chez moi, pour comparer les écoutes. Ca fait partie du travail. J'ai toujours quelquechose à écouter...mais aujourd'hui en fait, le plus féru de musique à la maison, c'est Sean, mon fils de 18 mois ! Il commence à battre le rythme avec des cuillères en bois...je crains déjà le jour où il me demandera une batterie !!

Et comment es tu arrivé à ARTSONOR ?
Pendant des années j'ai travaillé dans tous les gros et moins gros studios parisiens. Jusqu'au jour où, il y a 10 ans, Olivier Kowalski du studio Davout me propose de produire avec lui le groupe NORD.
Je n'avais jamais entendu un groupe de rock français qui avait ce son là. Dès qu'il y avait un studio de libre, on travaillait. Au bout d'un an, on avait toujours pas bouclé l'album, et les studios étaient plein tout le temps, ça devenait problématique...
Alors avec le chanteur, Stéphane Grangier, on s'est dit qu'il fallait devenir plus indépendants. Il a acheté une console numérique Fostex...et c'est comme ça qu'on a terminé le premier album (J'écoute en silence) et les mix... ! 
Par la suite, Stéphane s'est installé Impasse des Peintres, à Etienne Marcel, où il a monté son premier studio, au départ privé, pour pouvoir continuer à produire ses albums...

Tu as vu grandir le studio alors ?
Oui. Le développement s'est fait de façon très logique et très naturelle au fil des années. Les premiers clients étaient des amis, puis ça s'est vite professionnalisé.. Quant à moi, je suis presque « chez moi », j'ai une clé, et Stéphane est pour moi, avant tout, un ami de longue date. Mon association avec Artsonor s'est fait automatiquement..

Comment tu définirais ARTSONOR ?
Je pense que c'est un studio qui est en accord avec l'air du temps, à la mesure des artistes autoproduits, à la mesure des maisons de disque qui n'ont plus nécessairement les mêmes budgets de production qu'il y a 10 ans. Il répond à une demande très actuelle.
Et comme les caves sont inter-connectées entre elles, il y a beaucoup de possibilités en terme de prise de son. On y produit très souvent des albums def, cette année par exemple Aqmé , Glorious, Jonathan Benisty, Spy, P18...
Ce que j'aime à Artsonor, c'est que c'est géré par des gens qui sont artistes eux mêmes, ce qui permet un autre regard, une plus grande flexibilité, une chaleur, contrairement aux autres lieux où on se sent tout de suite dans une ambiance « business ». Bref, Artsonor c'est un endroit où on se sent bien, un lieu de rencontres.

Ca n'a pas été trop difficile pour toi, réalisateur issu de la « vieille école » analogique de se mettre au mix sur pro-tools ces dernières années ?

C'est grâce à Gérald de Palmas que je m'y suis mis. Je travaille avec lui depuis le premier album. Pour « marcher dans le sable », il a fait toute la production dans sa cave. Pour terminer, il ne lui restait qu'un budget équivalent à environ 10 jours de mix. On s'est demandé comment faire, je lui ai proposé d'acheter un pro-tools, et j'ai tout mixé comme ça...
Depuis je suis devenu un véritable « addict » du pro-tools, je trouve que ça donne une plus grande liberté pour essayer des choses rapidement, je trouve ça plus pratique. Et aujourd'hui vu la qualité du son numérique, et la performance des plugs, ça n'a plus rien à envier à l'analogique... 

Tu accompagnes même G. de Palmas en concert je crois ?

Oui.  Depuis « sur la route », j'ai travaillé sur tous ses albums. A la base, je préfère le studio que le live, qui pour moi est plus créatif. Mais finalement c'était logique que je parte avec lui, il me faisait confiance pour redonner la même ambiance de son sur ses live. En concert il y a  beaucoup plus d'adrénaline, c'est très différent, mais nous avons de bonnes conditions, et c'est aussi et surtout une histoire humaine avec cette équipe-là. J'ai fait le son façade pour Gérald sur ses deux dernières tournées.

Le plus beau moment de ta carrière ?

J'ai eu beaucoup de très beaux moments. D'une manière générale, je ne fais pas de différence entre les artistes, qu'ils soient connus ou non. Rien ne me fait plus plaisir quand quelqu'un me dit qu'il aime son son de guitare ou son mix. Ce qui est intéressant c'est de s'impliquer complètement dans un projet et de rentrer, de fait, dans une dimension artistique et créative.
Le jour où j'ai vu mon nom écrit noir sur blanc pour la première fois dans les crédits d'un album, ça m'a vraiment fait quelquechose, c'était comme un rêve.

La séance qui t'a le plus scotché ?

Une nuit entière à travailler avec le batteur et le bassiste de Prince. Ils étaient impressionnants, tous les deux multi-instrumentistes, avec un niveau technique terrible, et même des voix incroyables. J'ai été bluffé.

Ton titre phare ?
Quand j'ai travaillé avec Gerald sur le  titre « Oh Marie ». C'est une grande fierté pour moi d'avoir réalisé et mixé le single qui s'est le plus vendu dans toute la carrière de Johnny Hallyday !

Il t'arrive souvent de retourner à Londres ?

J'y vais  surtout pour des masterings. J'adore aller à Metropolis, il y a là-bas mon copain Ian Cooper. On avait commencé exactement le même jour au Pye Studio, moi comme assistant ingé, lui comme assistant mastering....ça ne s'oublie pas.
Ou alors pour aller au pub avec mon père ! ...

Comment font les groupes ou les labels pour te trouver ?

www.myspace.com/steveprestage
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